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Les
enfants sont sans le savoir presque tous des acteurs naturels.
Ils nont pas cette inhibition des adultes, ne sont pas
encore coulés dans le béton, la norme, la raison,
la hantise du bien faire. Il faut juste les guider, les amener
à acter. Ce qui revient à dire, pour eux : continuer
leur jeu. Au naturel, ils jouent, alors jouer sur un plateau,
devant une caméra, un micro, tout leur est prétexte
à plaisir libre.
Ce quon peut leur enseigner, cest juste à
ne pas devenir artificiel, à ne pas commencer à
faire sérieux. Et quelques techniques : maquillage,
création de costumes, de décor. Et leur montrer
des démarches, une gestuelle quils ont joie rieuse
à imiter.
Et les enfants ont cet autre don : jouer ensemble tout en
se prêtant au rôle quon leur confie. Ils
ne sont pas jaloux du rôle de leur copain den
face, ils sentent la vie à tout instant, qui ne demande
quà sagrandir, à se continuer.
Leur imaginaire accepte tout sans rechigner.
Bref, il faut juste leur parler, contenir leur fougue, jouer
avec eux, et les cadrer. Ils ne voient pas luvre
finale, ils ne sont que dans linstant.
Je me souviens dune pièce «LOdyssée
des Menhirs» où nous étions quelques
adultes entourant une nuée denfants. Jamais ils
ne sennuyaient, avec eux pas de temps mort. Leurs doigts
approximatifs coupent ou assemblent des tissus, se barbouillent
de maquillage, et on croirait avoir peine à se dire
: tout à lheure ils vont jouer, diront leur texte.
Mais on peut compter sur eux, ils ne cabotinent pas, ou alors
cest quils sont perdus, pour le jeu comme pour
lenfance.
Il faut leur faire place juste, ne pas les laisser envahir
tout. Parfois lun deux sinsinue dans luvre,
et semble saisir lhistoire, le projet et son esprit
: cest un enfant exceptionnel, futur acteur ou cinéaste,
metteur en scène ou dramaturge.
La
différence alors avec le travail dun instituteur
? Cest justement cet il rivé sans cesse
au cadre, à luvre quils ornent de
leur charme et habitent souvent à plein, et quils
auraient parfois tôt fait de détourner à
leur profit, pour leur jeu et plaisir sans ombre.
A loccasion, je tenterai des expériences avec
eux : changer de voix, daccent, de sexe, et leur demander
den faire autant. Se taire aussi durant longtemps, et
voir ce qui apparaît en eux : mimiques, gestes étonnants,
et comment la parole comprimée par ce silence imposé
jaillit, fraîche ou pressée et bouillonnante.
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