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Théâtre pour enfants


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Pier Mayer Dantec : le Cabaret du Bleu Silence - Le clochard Célexte

Les enfants sont sans le savoir presque tous des acteurs naturels. Ils n’ont pas cette inhibition des adultes, ne sont pas encore coulés dans le béton, la norme, la raison, la hantise du bien faire. Il faut juste les guider, les amener à acter. Ce qui revient à dire, pour eux : continuer leur jeu. Au naturel, ils jouent, alors jouer sur un plateau, devant une caméra, un micro, tout leur est prétexte à plaisir libre.

Ce qu’on peut leur enseigner, c’est juste à ne pas devenir artificiel, à ne pas commencer à faire sérieux. Et quelques techniques : maquillage, création de costumes, de décor. Et leur montrer des démarches, une gestuelle qu’ils ont joie rieuse à imiter.

Et les enfants ont cet autre don : jouer ensemble tout en se prêtant au rôle qu’on leur confie. Ils ne sont pas jaloux du rôle de leur copain d’en face, ils sentent la vie à tout instant, qui ne demande qu’à s’agrandir, à se continuer.

Leur imaginaire accepte tout sans rechigner.
Bref, il faut juste leur parler, contenir leur fougue, jouer avec eux, et les cadrer. Ils ne voient pas l’œuvre finale, ils ne sont que dans l’instant.

Je me souviens d’une pièce «L’Odyssée des Menhirs» où nous étions quelques adultes entourant une nuée d’enfants. Jamais ils ne s’ennuyaient, avec eux pas de temps mort. Leurs doigts approximatifs coupent ou assemblent des tissus, se barbouillent de maquillage, et on croirait avoir peine à se dire : tout à l’heure ils vont jouer, diront leur texte.
Mais on peut compter sur eux, ils ne cabotinent pas, ou alors c’est qu’ils sont perdus, pour le jeu comme pour l’enfance.
Il faut leur faire place juste, ne pas les laisser envahir tout. Parfois l’un d’eux s’insinue dans l’œuvre, et semble saisir l’histoire, le projet et son esprit : c’est un enfant exceptionnel, futur acteur ou cinéaste, metteur en scène ou dramaturge.

La différence alors avec le travail d’un instituteur ? C’est justement cet œil rivé sans cesse au cadre, à l’œuvre qu’ils ornent de leur charme et habitent souvent à plein, et qu’ils auraient parfois tôt fait de détourner à leur profit, pour leur jeu et plaisir sans ombre.
A l’occasion, je tenterai des expériences avec eux : changer de voix, d’accent, de sexe, et leur demander d’en faire autant. Se taire aussi durant longtemps, et voir ce qui apparaît en eux : mimiques, gestes étonnants, et comment la parole comprimée par ce silence imposé jaillit, fraîche ou pressée et bouillonnante.

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